Le duumvirat
Jacques
Jacques est le maire socialiste d’une commune de taille
moyenne. Il a emporté la mairie en 1995, après des dizaines
d’années de mandatures UMP (ou équivalent) dans sa ville. En
2004, il a été élu au Sénat, succédant à un sénateur âgé qui
ne se représentait pas.
Il sait qu’il ne sera jamais
ministre, ni même secrétaire d’État. Son ambition est locale :
il souhaite être réélu au Sénat en 2013 et conserver la mairie en
2014. Pour ce fils d’agriculteur, venu sur le tard en politique,
c’est déjà une consécration.
Jacques sait que, la
première fois qu’il a emporté la mairie, c’est grâce à
l’augmentation du nombre de chômeurs dans sa ville, dont les
gouvernements Balladur puis Juppé avaient été tenus responsables.
S’il a été réélu en 2001, c’est de justesse alors que Jospin
était Premier ministre. Par contre, en 2007, sa réélection s’est
effectuée « dans un fauteuil », tant grâce à son bilan
de « bon gestionnaire » que par rejet d’un « Sarkozy
bling-bling » qui choquait les habitants.
Il ne le
dit pas ouvertement mais, au fond de lui, il craint qu’Hollande ne
décroche l’Élysée en 2012. Vu la situation économique et les
plans de rigueur qui ne manqueront pas de se succéder, il risque de
faire les frais, au plan local, d’une politique nationale qui
pourrait se traduire par une « vague bleue » aux
municipales.
et Odette…
Comme
Jacques, Odette est maire socialiste d’une commune de taille
moyenne. Le principal employeur de la commune est la centrale
nucléaire, qui se trouve dans une ville voisine, à 10 kilomètres
de là. À l’aide des subventions de la centrale, Odette a pu faire
construire un gymnase dans sa ville et, toujours grâce à la même
source, les anciens de la commune effectuent des voyages touristiques
à des prix défiant toute concurrence.
Imaginons un
instant qu’un accord PS/Verts décide de « sortir du
nucléaire » le plus vite possible. Tollé dans la ville dont
Odette est maire ! Celle-ci se trouve alors confrontée à un
choix, sinon cornélien, du moins perdant/perdant :