Excerpt for De Nuremberg à Neuilly by Lundi, available in its entirety at Smashwords

De Nuremberg à Neuilly





Allemagne, années 1930…

Mai 1928 : les élections législatives sont un véritable triomphe pour le SPD, le Parti social-démocrate allemand. Avec près de 30 % des voix, le centre gauche devance nettement les conservateurs du Parti national du peuple allemand (20 % des suffrages) et les centristes du Zentrum (12 %). Les formations traditionnelles dépassent très largement la barre des 60 % des suffrages, si l’on inclut les électeurs des petits partis de droite et de gauche. Les « extrémistes », communistes d’une part, nazis d’autre part, ne recueillent respectivement que 11 et 3 % des votes.

Deux ans plus tard, en 1930, la donne a totalement changé, crise de 1929 oblige. Le SPD ne réalise plus que 24 % des voix, le parti national du peuple allemand s’est effondré avec 7 % des voix, seul le Zentrum a maintenu son score. Les grands gagnants sont les communistes avec 13 % des suffrages et surtout les nazis qui recueillent plus de 18 %.

En juillet 1932, tout bascule : les nazis emportent l’élection avec plus de 37 % des voix, suivis par le SPD à 22 % et les communistes à 14 %. En quatre ans, la forme de la cellule politique allemande est passée d’une « cellule arrondie » à un « tore ouvert » hypertrophié aux extrémités, notamment à l’extrême-droite (voir Une autre vision de la politique).


France, 80 ans plus tard…

22 avril 2012, 20h00 : Le Pen arrive en tête du premier tour de l’élection présidentielle, avec près de 25 % des suffrages. Sarkozy et Hollande sont au coude-à-coude loin derrière, recueillant chacun 18 à 19 % des voix. Mélenchon flirte avec la barre des 15 %. Les commentateurs parlent de « séisme », « raz-de-marée », « tremblement de terre »… bref toute la phraséologie habituelle de la panique et de la tension. On suppute déjà, en fonction du nom du challenger de Le Pen, sur les différents scénarios du second tour.

48 heures plus tard, l’étude détaillée des résultats montre que, comme en Allemagne en 1932, ce sont les classes moyennes – ou ce qu’il en reste – qui ont majoritairement voté en faveur de Le Pen. Pourquoi ? Par peur, crainte, angoisse que la perte du triple A de la France, les plans d’austérité à répétition, le chômage croissant (malgré tous les artifices pour le dissimuler derrière des radiations massives ou des statuts du type auto-entrepreneur) ne les paupérise encore plus, leur faisant dégringoler toujours plus vite l’échelle sociale.

Comme en Allemagne en 1932, des enfants apeurés se sont agglutinés autour de celui ou celle qui présente toutes les apparences ou caractéristiques d’un chef rassurant, susceptible de redonner espoir et dignité. La raison a cédé le pas à l’instinct, l’intelligence à la trouille.


France, fin 2011…

Scénario catastrophe, délire de Cassandre ? Depuis trois ans, nous n’avons cessé de vous alerter sur l’évolution tragique de notre société, d’en détailler et analyser les maux, de comparer cette dégringolade à celle de la chute de l’Empire romain. Aujourd’hui, nous y sommes. Il serait donc bien naïf de croire que cet effondrement va s’effectuer dans la douceur et la félicité ou qu’il est évitable par des moyens « classiques », du type de ceux qui ont été mis en œuvre – avec le succès que l’on sait - depuis près de quarante ans. Bien naïf également d’espérer pouvoir y échapper…

C’est pourtant ce que chacun, à titre individuel, va tenter de faire, précipitant d’autant la chute collective. Dans une société narcissique où le sauve-qui-peut et le chacun-pour-soi vont devenir les « valeurs » dominantes, confrontés à cette dégringolade du landau que nous évoquions dans Les marches d’Odessa, les Français hésitent entre deux réactions :


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