De l’utilité de la Bourse
80 % de trouille, 20 % de cupidité, tel est le dosage
du « cocktail » auquel ont fonctionné les « marchés »
cette semaine (8 au 12 août). Les médias nous ont inondé d’un
vocabulaire de fin du monde : écroulement, effondrement,
dégringolade, descente aux enfers, dévissage, krach, panique…
sans oublier de vilipender d’une part les « spéculateurs »
qui amplifient le phénomène, d’autre part les « colporteurs
de rumeurs » qui ont notamment entraîné à la baisse le titre
de la Société Générale.
Tout cela sonne faux.
Faux car cette comédie de la « catastrophe que l’on évite
de justesse » nous est maintenant servie ad nauseam,
à intervalles de plus en plus brefs, comme un vieux plat réchauffé
dont les convives ne veulent plus.
Faux car les
« spéculateurs » que l’on nous jette en pâture
comme boucs émissaires, mais sans jamais prononcer leur nom, sont
avant tout les banques, dont l’activité « salles de marché »
(c’est-à-dire casino boursier) est une source essentielle de
leurs bénéfices. Cette semaine, elles ont donc « joué »
les unes contre les autres, sur le registre « je me porte mieux
que ma voisine », reflétant ainsi le narcissisme et l’ego
surdimensionné de leurs dirigeants respectifs.
Faux car
tout ce barnum n’est destiné qu’à diffuser la trouille auprès
du bon peuple afin de le faire consentir à ce qui lui est présenté
non seulement comme inéluctable mais de surcroît comme
raisonnable : passer à la caisse via des hausses d’impôts
et des réductions de prestations. Comme les médecins de
Molière, politiques et doctes économistes nous expliquent que, pour
que le malade affaibli guérisse, il va falloir saigner, saigner
toujours plus. Primo saignare, deinde purgare, postea clysterium
donare, comme le caricaturait Daumier.

Faux
car, à chaque « crise », Captain America
Sarkozy nous sort un lièvre du chapeau : il y a un peu plus
d’un an, il nous annonçait qu’il allait « sauver le
capitalisme » (voir notre billet Ad
majorem pecuniae gloriam et l’inoubliable vidéo
de Sarkozy annonçant cette grande nouvelle) ; aujourd’hui,
c’est la « règle d’or » (les mots ne sont ni anodins
ni choisis au hasard : en associant les termes « règle »
et « or », les communicants de l’Élysée veulent ainsi
parer Sarkozy des attributs d’un « grand prêtre » qui
détiendrait – seul – le pouvoir d’intercéder auprès du
Tout-Puissant et d’édicter des règles de nature quasi-divine), en
fait des fourches caudines que ce même Sarkozy propose d’inscrire
dans la Constitution.
Faux car la question de fond
est soigneusement évitée : à quoi sert la Bourse ?
Dans la panique et pour montrer au brave peuple que l’« on
fait quelque chose », plusieurs pays européens viennent
d’interdire les ventes à découvert. À quoi tout cela
rime-t-il ?
Réformer la Bourse ?
Revenons aux concepts de base : dans la plupart des
manuels d’économie, on apprend que la Bourse sert à « financer
les entreprises ».
C’est évidemment une
énorme blague : aujourd’hui, la principale fonction de la
Bourse, c’est de faire de l’argent avec de l’argent, le
lien avec l’« économie réelle » étant de plus en
plus ténu, la fonction de financement des entreprises de plus en
plus théorique.
Réformons donc la Bourse. Non via
des mesurettes du type interdiction des ventes à découvert mais, si
l’on nous permet d’utiliser un parallèle audacieux entre le
profane et le sacré, à l’image de ce qu’a fait Luther avec la
foi catholique.
Pour réformer le catholicisme, Luther ne
s’est pas contenté de demi-mesures : il a tout mis par-dessus
bord, à l’exception de ce qu’il considérait comme l’essentiel,
la Bible. Tout le reste, c’est-à-dire le Pape, la hiérarchie de
l’Église, les sacrements, les saints, les indulgences, la
virginité de Marie… bref toute la « superstructure »
du culte, est passé à la trappe.
Le parallèle avec la
Bourse ? Si celle-ci est censée financer les entreprises, cela
implique :